Si SSF m’était conté… par Danielle Ouimet

Danielle Ouimet Il y a un proverbe arabe qui dit : « bats ta femme tous les soirs. Si tu ne sais pas pourquoi, elle, elle le sait ». Évidemment, avec nos yeux d’Occidentaux, c’est une phrase qui porte à rire tellement elle semble absurde. Et jamais nous n’aurions pu imaginer qu’au Québec un tel adage puisse, autrement que par le rire, trouver écho dans notre éducation libérale. Et pourtant… Maintenant que les langues se délient, maintenant que la sensibilisation faite par différents instituts dit aux femmes “ tu as le droit au respect, tu as le droit d’exister », on s’aperçoit de plus en plus qu’un fait demeure. Il y a au Québec une statistique qui indique que 80 % des plaintes déposées pour violence se sont faites avec une femme comme victime. Il y a donc des femmes qui se font battre régulièrement dans une indifférence relative. Et tout comme ces femmes de l’adage arabe, on le suppose, elles ne savent pas plus que les autres pourquoi elles se font battre. Elles savent par contre que quelque part dans la journée, sans raison souvent, un agresseur leur foncera dessus et avec une force excessive, leur fera perdre le peu d’estime ou de force qui leur reste pour se défendre et répliquer. Comment le faire quand à la longue, sans jamais d’appui, tant de choses finissent par te faire croire que c’est normal?

Dans un autre ordre d’idée, il y a 30 ans environ, j’achetais avec mon amoureux une maison de campagne délabrée que nous avions l’intention de refaire, et où demeurait un couple avec une ribambelle d’enfants qui ne disaient jamais un mot à chacune de nos visites. Un peu comme s’ils étaient craintifs sur tout ce qui pouvait venir de l’extérieur. Puis cette famille est partie vers un lieu inconnu. En faisant le ménage, j’ai trouvé au fond d’une garde-robe, écrit à la craie sur un bout de prélart déchiré, un message qui disait: gardez-moi avec vous, je vais faire le ménage, je vais vous faire à manger!  À l’époque, j’ai pensé à la lubie d’une petite fille qui en avait assez d’être avec les autres, une plus débrouillarde, une plus combative, qui voulait vraiment quitter sa famille comme le font souvent les enfants en colère contre l’autorité. Comment aurais-je pu penser qu’elle avait besoin de quelqu’un pour la sortir de l’enfer cette petite! Et si elle avait été battue, abusée!  je me suis toujours demandé, avec une immense culpabilité qui ne m’a plus jamais quittée, s’il m’avait fallu faire quelque chose en ce temps-là? Et la réponse, je ne l’avais pas. Puis le temps a passé, les langues se sont déliées un peu plus sur les sévices que l’on fait aux enfants…

Et dans mon monde d’aujourd’hui, avec ce que je sais maintenant grâce à toutes celles qui parlent enfin, il n’est plus temps de me demander si je peux faire une différence, car la réponse est assurément OUI.

Voilà pourquoi je veux m’impliquer « maintenant »: pour que plus jamais une femme n’ait le malheur de penser qu’il n’y a pas de solution alors qu’il y en a plein, et qu’il existe des gens qui sont prêts à ouvrir leur bras pour leur offrir un répit bien mérité. Je veux le faire aussi pour que plus jamais un seul enfant n’ait peur. Peur de l’autorité d’une personne abusive, peur de parler, de se défendre. Car oui, il faut qu’ils sachent qu’il y a plein d’êtres humains prêts à les aimer tendrement tout en leur redonnant une vraie enfance, sans violence et sans abus.

Aujourd’hui, avec tout ce que l’on sait, c’est non seulement un besoin, mais un devoir d’agir.

 

Danielle Ouimet
Comédienne, Animatrice et Journaliste